L'histoire de la Moldavie, de Cucuteni à Bruxelles
La Moldavie est un pays sur une ligne de fracture : la terre entre le Prut et le Dniestr a successivement appartenu à une principauté médiévale, à l'Empire russe, au royaume de Roumanie et à l'Union soviétique, avant de devenir indépendante en 1991. Ces changements expliquent une grande partie de ce que vous voyez aujourd'hui, du débat sur le nom de la langue au conflit gelé de Transnistrie. Cette page suit le fil de l'histoire, des premiers villages agricoles de la culture de Cucuteni aux négociations d'adhésion avec l'Union européenne en 2026.

Photo: Diego Delso, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
- Vote sur l'union avec la Roumanie
- 86 pour, 3 contre, 36 abstentions 1918 · Sfatul Țării, 9 avril 1918 (27 mars selon l'ancien calendrier).
- Déportés en juillet 1949
- env. 35 000 1949 · La plus grande vague de déportations ; environ 19 000 personnes avaient déjà été déportées en juin 1941.
- Chapitres de négociation ouverts avec l'UE
- 7 sur 33 2026 · Situation en juillet 2026, après les clusters 1 et 6.
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Un pays sur la ligne de fracture
Entre deux rivières, le Prut et le Dniestr, s'étend un pays qui, en moins de deux siècles, a appartenu à un empire, à un royaume et à une république soviétique. Il ne s'appartient à lui-même que depuis mille neuf cent quatre-vingt-onze. Les gens n'ont guère bougé. Ce sont les frontières qui se sont déplacées au-dessus d'eux. Aujourd'hui encore, le visiteur retrouve ces couches partout. Voici l'histoire de la Moldavie.
Poteries et princes
Il y a sept mille ans, des paysans cuisaient ici des poteries ornées de spirales rouges et noires. Les archéologues parlent de la culture de Cucuteni. Bien plus tard, les Gètes bâtissent une forteresse au-dessus de la rivière Răut, près de l'actuel Orheiul Vechi. La principauté de Moldavie naît en mille trois cent cinquante-neuf. Son prince le plus célèbre, Ștefan cel Mare, règne près de cinquante ans et bat une armée ottomane à Vaslui en mille quatre cent soixante-quinze. Après sa mort, pourtant, la Moldavie devient vassale du sultan.
La Bessarabie
En mille huit cent douze, la paix de Bucarest coupe la principauté en deux. L'est passe à l'Empire russe et s'appelle désormais la Bessarabie. Le russe devient la langue de l'école et de l'administration. Des colons allemands, bulgares et gagaouzes viennent peupler le sud désert. Chișinău, simple bourg de marché, devient capitale de province, avec une cathédrale et un arc de triomphe. Le poète Pouchkine y passe trois ans d'exil. En mille neuf cent dix-huit, un conseil régional, le Sfatul Țării, vote l'union avec la Roumanie.
Les années soviétiques
En juin mille neuf cent quarante, l'Armée rouge entre dans le pays. Suivent la guerre, la Shoah, la famine et les déportations. En une seule nuit de juillet quarante-neuf, environ trente-cinq mille personnes partent en wagons à bestiaux vers l'est de l'Union soviétique. La république soviétique de Moldavie reçoit sa propre langue, écrite en cyrillique. Le russe devient la langue de ceux qui veulent réussir. Les usines et la grande centrale électrique s'installent surtout sur la rive gauche du Dniestr. Des ouvriers russophones arrivent dans les villes. Ces choix pèseront lourd.
Notre langue
Le vingt-sept août mille neuf cent quatre-vingt-neuf, des centaines de milliers de personnes envahissent le centre de Chișinău. Quatre jours plus tard, l'alphabet latin est de retour. Deux ans après, jour pour jour, la Moldavie devient indépendante. Mais sur la rive gauche du Dniestr, la Transnistrie se soulève. Après une guerre courte et sanglante, en quatre-vingt-douze, elle reste un État qu'aucun pays des Nations unies ne reconnaît. Le sud gagaouze, lui, obtient une autonomie pacifique en quatre-vingt-quatorze.
Cap sur l'Europe
Depuis, le pays louvoie entre Moscou et Bruxelles. En deux mille quatorze, il signe un accord d'association avec l'Union européenne, et les Moldaves voyagent désormais sans visa dans l'espace Schengen. En deux mille vingt-deux, la Moldavie devient candidate à l'adhésion. À l'été deux mille vingt-six, les premiers chapitres de négociation s'ouvrent. Sur le boulevard de Chișinău, Ștefan cel Mare tient toujours sa croix à la main. Sa principauté a disparu depuis longtemps. Ce sont maintenant les électeurs qui choisissent la direction du pays entre les deux rivières.
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IDe Cucuteni à la Horde d'Or
Bien avant qu'il soit question de Moldavie, des agriculteurs comptant parmi les potiers les plus habiles du néolithique européen vivaient déjà entre les Carpates et le Dniestr. La culture de Cucuteni-Trypillia, qui doit son nom à des sites de Roumanie et d'Ukraine, a prospéré à peu près entre 5500 et 2750 av. J.-C. Ses villages comptaient parfois des centaines de maisons, incendiées à intervalles réguliers pour des raisons qui restent obscures. Il en subsiste des céramiques ornées de spirales rouges, blanches et noires, que vous retrouverez dans les musées moldaves et roumains.
Au cours du dernier millénaire avant notre ère, la région était peuplée de tribus thraces que les Grecs appelaient Gètes et les Romains Daces. À Butuceni, dans la boucle du Răut près d'Orheiul Vechi, se trouvent les vestiges d'une forteresse gète. Lorsque l'empereur Trajan conquit le royaume dace en 106 apr. J.-C., la plus grande partie de l'actuelle Moldavie resta en dehors de la province proprement dite, mais l'influence romaine s'étendait jusqu'à la côte de la mer Noire. Dans le sud, des levées de terre portent le nom populaire de Valul lui Traian, les remparts de Trajan ; qui les a réellement élevées, et quand, fait toujours débat parmi les archéologues.
Après les Romains, des peuples ont traversé la steppe pendant des siècles : Goths, Huns, Slaves, Petchénègues et Coumans. À partir de 1241, la région passa sous domination mongole, puis tatare. Près d'Orheiul Vechi s'élevait au XIVe siècle une ville de la Horde d'Or, dont les archéologues ont mis au jour les fondations. Ces couches anciennes expliquent pourquoi le paysage du centre de la Moldavie est parsemé de tumulus, de remparts et de vestiges de forteresses.
IILa principauté de Moldavie (1359-1812)
La principauté de Moldavie est née en 1359, lorsque Bogdan Ier s'affranchit de l'autorité hongroise et fonda son propre État à l'est des Carpates. Son nom vient de la rivière Moldova, dans l'actuelle Roumanie. Les premières capitales, Siret puis Suceava, se trouvent d'ailleurs aujourd'hui en Roumanie. Le territoire de l'actuelle république formait la moitié orientale de la principauté, jusqu'au Dniestr.
Le prince le plus célèbre est Ștefan cel Mare (Étienne le Grand), qui régna de 1457 à 1504. En 1475, il battit près de Vaslui une armée ottomane bien plus nombreuse, l'une des victoires européennes les plus marquantes sur le sultan au cours de ce siècle. Il perdit pourtant en 1484 les ports de Chilia et de Cetatea Albă au profit des Ottomans et de leurs alliés tatars de Crimée. Sous son règne furent bâties des dizaines d'églises et de monastères en pierre, dans un style architectural proprement moldave. L'Église orthodoxe roumaine l'a canonisé en 1992 ; sa statue, croix à la main, se dresse à l'entrée du parc de Chișinău qui porte son nom.
Après la mort de Ștefan, l'emprise ottomane se resserra. En 1538, le sultan Soliman le Magnifique envahit le pays. La forteresse de Tighina devint une place forte ottomane sous le nom de Bender, et la Moldavie un État vassal payant un tribut annuel. La principauté conserva ses propres princes, sa propre Église et sa propre noblesse, mais Istanbul avait son mot à dire sur l'occupant du trône.
Une tentative d'y échapper vint de Dimitrie Cantemir, prince en 1710-1711, qui conclut une alliance avec le tsar Pierre le Grand. Après la défaite de l'armée russo-moldave sur le Prut en 1711, il se réfugia en Russie, où il écrivit la Descriptio Moldaviae, la première description détaillée du pays. Pendant le siècle suivant, le sultan nomma surtout des princes grecs issus du quartier stambouliote du Phanar, les phanariotes. Entre 1711 et 1812, les armées russes occupèrent la Moldavie à cinq reprises.
IIILa Bessarabie sous l'Empire russe (1812-1917)
Par la paix de Bucarest du 28 mai 1812, l'Empire ottoman céda à la Russie la moitié orientale de la Moldavie, la terre entre le Prut et le Dniestr. Saint-Pétersbourg baptisa ce nouveau territoire Bessarabie, un nom qui ne désignait à l'origine que le sud. La partie occidentale de la principauté s'unit en 1859 à la Valachie pour former l'État qui deviendrait plus tard la Roumanie. Dès lors, les deux moitiés de l'ancienne Moldavie suivirent des chemins séparés.
L'Empire russe laissa d'abord à la province une certaine autonomie, avant de la lui retirer rapidement. Le roumain disparut des écoles et des administrations en 1834, et le russe devint langue officielle en 1854. Lors du recensement de 1897, seuls 15,4 % des habitants savaient lire et écrire, et à peine 6 % chez les Moldaves.
Dans le même temps, la population changea. La Russie offrit des terres à des colons dans le sud peu peuplé : Allemands, Bulgares et Gagaouzes, un peuple orthodoxe de langue turque qui s'installa entre 1820 et 1846, notamment à Comrat. Ukrainiens, Russes et Juifs affluèrent eux aussi dans la province. Chișinău passa du statut de bourg de marché à celui de chef-lieu de gouvernement, avec des rues tracées au cordeau, une cathédrale (1836) et un arc de triomphe (1840). Le poète russe Alexandre Pouchkine y passa son exil entre 1820 et 1823.
La face sombre de cette époque apparut en 1903. Le dimanche de Pâques, un pogrom éclata à Chișinău, alors appelée Kichinev : 49 Juifs furent tués et des centaines d'autres blessés. Le poète hébreu Haïm Nahman Bialik en tira Dans la ville du massacre, et les événements firent la une de la presse internationale. Après la révolution russe de 1905, un modeste mouvement national moldave prit de l'ampleur, dont le juriste et écrivain Constantin Stere fut l'un des pionniers.
IVL'union avec la Roumanie et une république au-delà du Dniestr (1917-1940)
L'effondrement de l'Empire russe en 1917 ouvrit une brève fenêtre. Un conseil régional, le Sfatul Țării, proclama le 15 décembre 1917 une République démocratique moldave autonome au sein d'une fédération russe. Après une courte occupation de Chișinău par les bolcheviks et l'arrivée des troupes roumaines, l'indépendance suivit le 6 février 1918. Le 9 avril 1918 (27 mars selon l'ancien calendrier), le conseil vota par 86 voix pour, 3 contre et 36 abstentions une union conditionnelle avec la Roumanie. En décembre 1918, les conditions furent levées.
Le traité de Paris du 28 octobre 1920 reconnut l'union, mais le Japon ne le ratifia jamais et Moscou refusa d'accepter la nouvelle frontière. Dans l'entre-deux-guerres, la Bessarabie fut une province essentiellement agricole de la Roumanie, avec une réforme agraire, de nouvelles écoles et le roumain comme langue d'enseignement et d'administration.
L'Union soviétique répliqua à sa manière. En 1924, elle créa sur la rive gauche du Dniestr, au sein de l'Ukraine soviétique, une République socialiste soviétique autonome moldave, avec Balta pour capitale, puis Tiraspol à partir de 1929. On y promut une langue « moldave » distincte, en alphabet cyrillique, pour faire contrepoids au roumain. Cet alphabet y fut en vigueur en 1924-1932, puis de nouveau à partir de 1938. Cette république autonome est l'une des racines historiques de l'actuelle Transnistrie.
VGuerre, Shoah et déportations (1940-1953)
Le protocole secret du pacte Molotov-Ribbentrop d'août 1939 plaçait la Bessarabie dans la sphère d'influence soviétique. Après un ultimatum, l'Armée rouge entra dans la région le 28 juin 1940. Le 2 août 1940 fut créée la RSS de Moldavie, à partir du centre de la Bessarabie et d'une bande de l'ancienne république autonome sur la rive gauche. Le nord et le sud de la Bessarabie revinrent à l'Ukraine soviétique. C'est pourquoi les anciens ports sur le Danube et la mer Noire se trouvent aujourd'hui en Ukraine.
La première déportation de masse eut lieu dans la nuit du 12 au 13 juin 1941 : environ 19 000 personnes furent envoyées vers l'est de l'Union soviétique. Peu après, l'Allemagne attaqua l'Union soviétique avec la Roumanie, et en juillet 1941 la Bessarabie repassa sous administration roumaine. Pour la population juive, ce fut la Shoah. À Chișinău, plus de 11 000 personnes furent enfermées dans un ghetto, et des dizaines de milliers de Juifs de Bessarabie furent déportés vers des camps en Transnistrie, le territoire entre le Dniestr et le Boug alors administré par la Roumanie. Yad Vashem a recensé les noms de 60 732 Juifs de Bessarabie assassinés.
En août 1944, l'Armée rouge reprit la région lors de l'offensive Iași-Chișinău. Après la guerre vinrent la sécheresse, les livraisons obligatoires de céréales et une famine en 1946-1947 qui, selon les estimations courantes, coûta la vie à au moins 115 000 paysans. Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1949, la police secrète déporta environ 35 000 personnes, surtout des familles paysannes qualifiées de koulaks (Europa Liberă). Il fallut pour cela 4 000 camions et 1 570 wagons à bestiaux. Une troisième vague, en 1951, frappa surtout des groupes religieux. La voie était libre pour la collectivisation de l'agriculture.
VIRépublique soviétique et mouvement pour la langue (1953-1991)
Après Staline, la RSS de Moldavie devint une république agricole qui fournissait du vin, du tabac, des fruits et des légumes à toute l'Union soviétique. Leonid Brejnev, futur numéro un du parti à Moscou, en fut le premier secrétaire de 1950 à 1952. L'industrie lourde et la grande centrale électrique furent surtout implantées sur la rive gauche du Dniestr, tandis que des spécialistes et des ouvriers russophones s'installaient dans les villes. Chișinău, durement touchée pendant la guerre, fut reconstruite avec de larges avenues, des barres d'immeubles et des bâtiments modernistes emblématiques.
Officiellement, il existait une nation moldave distincte, dotée de sa propre langue en alphabet cyrillique ; le russe était la langue de la carrière et de l'administration. Sous la perestroïka de Gorbatchev, la contestation grandit. Écrivains et intellectuels exigèrent que l'on reconnaisse que le moldave et le roumain sont une seule et même langue, ainsi que le retour à l'alphabet latin. Le 27 août 1989, des centaines de milliers de personnes se rassemblèrent à Chișinău pour la Marea Adunare Națională, la Grande Assemblée nationale. Le 31 août 1989, le parlement de la république fit du moldave en alphabet latin la langue de l'État. Cette journée est toujours célébrée chaque année sous le nom de Limba noastră, « notre langue ».
Dans les villes russophones de la rive gauche et dans le sud gagaouze, la loi linguistique fut perçue comme une menace. Grèves et contre-mouvements suivirent. En août 1990, Comrat proclama une république gagaouze, et le 2 septembre 1990 fut proclamée à Tiraspol une République socialiste soviétique moldave du Dniestr. Chișinău ne reconnut ni l'une ni l'autre. Après l'échec du putsch de Moscou, la Moldavie déclara son indépendance le 27 août 1991 ; Mircea Snegur en devint le premier président.
VIITransnistrie et Gagaouzie : les années 1990
Les tensions sur la rive gauche débouchèrent sur un conflit armé. Les premiers morts tombèrent en novembre 1990 à Dubăsari. Le début officiel de la guerre est fixé au 2 mars 1992, le jour où la Moldavie devint membre des Nations unies. Les combats les plus sanglants eurent lieu en juin 1992 autour de Bender (Tighina), une ville de la rive droite que les séparatistes voulaient garder. La 14e armée russe, stationnée dans la région, soutint les séparatistes en armes et en hommes, et ses tirs d'artillerie firent pencher la balance début juillet.
Le 21 juillet 1992, les présidents Boris Eltsine et Mircea Snegur signèrent un cessez-le-feu à Moscou. Une force de maintien de la paix composée de bataillons russes, moldaves et transnistriens fut placée sous une commission de contrôle conjointe. Au total, environ 1 000 personnes auraient trouvé la mort (Veridica). Depuis, la Transnistrie est un État de facto reconnu par aucun membre de l'ONU, avec sa propre monnaie, le rouble transnistrien, ses propres contrôles frontaliers et des troupes russes sur son territoire. Les pourparlers, avec l'OSCE comme médiatrice, la Russie et l'Ukraine comme pays médiateurs, l'UE et les États-Unis comme observateurs, n'ont pas réglé le conflit. Si vous souhaitez visiter la région, consultez au préalable les conseils aux voyageurs actualisés du SPF Affaires étrangères.
Dans le sud, les choses se passèrent autrement. La Constitution du 29 juillet 1994 déclara la Moldavie neutre à titre permanent et appela la langue de l'État « moldave » ; la même année, le poème Limba noastră d'Alexei Mateevici devint l'hymne national. Le 23 décembre 1994, le parlement adopta la loi sur le statut particulier de la Gagaouzie. Après un référendum en 1995 naquit l'unité territoriale autonome de Gagaouzie (Gagauz Yeri), avec Comrat pour capitale, une assemblée populaire propre et un gouverneur élu au suffrage direct, le başkan. Le modèle est souvent cité comme la résolution pacifique d'un conflit ethnique, même si les relations entre Comrat et Chișinău restent tendues. Pendant ce temps, l'économie s'est fortement contractée dans les années 1990 et une vague d'émigration a commencé, dont les effets se font sentir jusqu'à aujourd'hui.
VIIIEntre Moscou et Bruxelles (2001-2026)
En 2001, le Parti des communistes remporta 71 des 101 sièges et Vladimir Voronine devint président. Son gouvernement chercha d'abord à se rapprocher de la Russie, mais rejeta en 2003 un plan russe de fédéralisation du pays, avant de se tourner prudemment vers l'Union européenne. Après les élections d'avril 2009, des manifestations à Chișinău dégénérèrent en émeutes et en prise d'assaut du parlement. Lors d'élections anticipées en juillet 2009, une coalition de partis pro-européens arriva au pouvoir.
La Moldavie signa le 27 juin 2014 un accord d'association avec l'UE, assorti d'une zone de libre-échange, et depuis le 28 avril 2014, les Moldaves munis d'un passeport biométrique voyagent sans visa dans l'espace Schengen. La même année, environ un milliard de dollars disparurent de trois banques moldaves, une fraude qui ébranla profondément la confiance dans la classe politique.
En 2020, Maia Sandu fut élue présidente ; son parti, le PAS, obtint la majorité absolue en 2021. Après l'invasion russe de l'Ukraine, la Moldavie déposa le 3 mars 2022 sa demande d'adhésion à l'UE. Elle devint pays candidat le 23 juin 2022, et les négociations d'adhésion s'ouvrirent formellement à Luxembourg le 25 juin 2024. En mars 2023, le parlement remplaça dans toutes les lois, y compris la Constitution, l'expression « langue moldave » par « langue roumaine ».
Le 20 octobre 2024, 50,35 % des électeurs approuvèrent par référendum une révision constitutionnelle qui inscrit l'adhésion à l'UE comme objectif stratégique. Maia Sandu fut réélue le 3 novembre 2024 avec 55,35 % des voix au second tour. Les deux scrutins furent assombris par des accusations d'ingérence russe. Aux élections législatives du 28 septembre 2025, le PAS conserva la majorité avec 55 des 101 sièges.
En 2026, les négociations sont vraiment entrées dans le vif du sujet. Le 15 juin 2026, l'UE a ouvert à Luxembourg le premier cluster, Fundamentals, qui couvre notamment l'État de droit, la justice et les droits fondamentaux. Le cluster des relations extérieures a suivi le 14 juillet 2026. À ce stade, 7 des 33 chapitres étaient ouverts et aucun n'était encore clôturé (Radio Moldova, juillet 2026). Le gouvernement vise une conclusion des négociations en 2028 ; une adhésion vers 2030 est jugée ambitieuse mais pas impossible par les observateurs.
IXOù voir l'histoire
La Moldavie compte peu de grands monuments, mais bien des lieux où les strates de son histoire se superposent sous vos yeux. Une sélection, dans un ordre à peu près chronologique :
- Orheiul Vechi : une forteresse gète, les vestiges d'une ville de la Horde d'Or et un monastère rupestre creusé dans la falaise calcaire qui surplombe le Răut.
- Cetatea Soroca : la forteresse circulaire au bord du Dniestr, maillon de la défense de la principauté médiévale.
- Cetatea Tighina à Bender : forteresse ottomane devenue ensuite fort russe, aujourd'hui en territoire contrôlé par la Transnistrie.
- Mănăstirea Căpriana : l'un des plus anciens monastères du pays, mentionné pour la première fois en 1429.
- Muzeul Național de Istorie a Moldovei à Chișinău : de la céramique préhistorique à la période soviétique.
- Complexul Memorial Eternitate à Chișinău : monument soviétique aux morts de la Seconde Guerre mondiale.
Pour mieux comprendre la Shoah et les déportations, rendez-vous aussi, à Chișinău, à l'ancien cimetière juif et au monument aux déportés près de la gare. Ensemble, ces lieux montrent comment une même terre est passée en six siècles du statut de principauté à celui de province, de république soviétique et enfin d'État indépendant.
Chronologie
- env. 5500-2750 av. J.-C.
Apogée de la culture de Cucuteni-Trypillia, avec de grands villages et de la céramique peinte.
- 106
L'empereur Trajan conquiert la Dacie ; la plus grande partie de l'actuelle Moldavie reste en dehors de la province romaine.
- 1241
Début de la domination mongole, puis tatare, sur la région.
- 1359
Bogdan Ier fonde la principauté de Moldavie.
- 1457
Ștefan cel Mare monte sur le trône ; il règne jusqu'en 1504.
- 1475
Ștefan cel Mare bat une armée ottomane près de Vaslui.
- 1538
Le sultan Soliman conquiert Tighina (Bender) ; la Moldavie devient un État vassal ottoman.
- 1711
Dimitrie Cantemir est battu sur le Prut aux côtés de Pierre le Grand et s'enfuit en Russie.
- 1812
Paix de Bucarest : la terre entre le Prut et le Dniestr devient russe sous le nom de Bessarabie.
- 1820
Alexandre Pouchkine est exilé à Chișinău, où il reste jusqu'en 1823.
- 1903
Pogrom de Kichinev : 49 Juifs tués.
- 1917
Le Sfatul Țării proclame une République démocratique moldave autonome.
- 1918
Le Sfatul Țării vote l'union avec la Roumanie.
- 1924
Création de la RSSA moldave sur la rive gauche, au sein de l'Ukraine soviétique.
- 1940
L'Armée rouge occupe la Bessarabie ; création de la RSS de Moldavie le 2 août.
- 1941
Première déportation de masse (12-13 juin) ; administration roumaine et Shoah.
- 1944
Offensive Iași-Chișinău ; la région redevient soviétique.
- 1946
Famine de 1946-1947, qui fait au moins 115 000 morts.
- 1949
Déportation d'environ 35 000 personnes dans la nuit du 5 au 6 juillet.
- 1989
Loi linguistique du 31 août : le moldave en alphabet latin devient langue de l'État.
- 1990
Proclamation d'une république gagaouze et d'une république transnistrienne.
- 1991
Indépendance le 27 août.
- 1992
Guerre de Transnistrie ; cessez-le-feu le 21 juillet.
- 1994
Constitution du 29 juillet ; loi sur l'autonomie de la Gagaouzie le 23 décembre.
- 2009
Manifestations en avril ; une coalition pro-européenne prend le pouvoir.
- 2014
Accord d'association avec l'UE et voyages sans visa dans l'espace Schengen.
- 2022
La Moldavie devient pays candidat à l'UE le 23 juin.
- 2023
« Langue roumaine » remplace « langue moldave » dans les lois et la Constitution.
- 2024
Ouverture des négociations d'adhésion (25 juin) et référendum sur l'UE (20 octobre).
- 2026
Ouverture des premiers clusters de négociation les 15 juin et 14 juillet.
Questions fréquentes
La république de Moldavie est-elle la même chose que l'ancienne principauté de Moldavie ?
Pas tout à fait. La principauté médiévale de Moldavie s'étendait des Carpates au Dniestr. Elle est divisée depuis 1812 : la partie occidentale appartient aujourd'hui à la Roumanie (avec notamment Iași et Suceava), tandis que la partie orientale, entre le Prut et le Dniestr, forme le cœur de l'actuelle république.
La Moldavie a-t-elle fait partie de la Roumanie ?
Oui. De 1918 à 1940, la Bessarabie, qui correspond à la majeure partie de l'actuelle Moldavie, était une province roumaine, et de 1941 à 1944 elle repassa sous administration roumaine. La rive gauche du Dniestr (l'actuelle Transnistrie) appartenait en revanche à l'Union soviétique dans l'entre-deux-guerres.
Pourquoi parle-t-on roumain en Moldavie, et pas moldave ?
Le « moldave » que l'Union soviétique présentait comme une langue à part était au fond du roumain écrit en cyrillique. La loi linguistique de 1989 a rétabli l'alphabet latin, et depuis mars 2023 toutes les lois ainsi que la Constitution emploient l'expression « langue roumaine ».
Qu'est-ce que la Transnistrie et pourquoi a-t-elle fait sécession ?
La Transnistrie est l'étroite bande de terre qui longe la rive gauche du Dniestr. Craignant la loi linguistique et une éventuelle union avec la Roumanie, elle a proclamé sa propre république en 1990. Après une courte guerre en 1992, elle est devenue un État de facto reconnu par aucun membre de l'ONU, avec des troupes russes sur son territoire.
Qu'est-ce que la Gagaouzie ?
La Gagaouzie est une région autonome du sud, dont la capitale est Comrat. Les Gagaouzes sont un peuple orthodoxe de langue turque. Leur autonomie a été fixée par une loi en décembre 1994, et ses limites tracées par référendum en 1995.
Quand la Moldavie est-elle devenue indépendante ?
Le 27 août 1991, peu après l'échec du putsch de Moscou. Cette date est la fête nationale. En mars 1992, le pays est devenu membre des Nations unies.
Où en est l'adhésion de la Moldavie à l'Union européenne ?
La Moldavie est pays candidat depuis juin 2022 et négocie formellement son adhésion depuis juin 2024. En juin et juillet 2026, les deux premiers clusters ont été ouverts, soit 7 des 33 chapitres. Le gouvernement vise une conclusion des négociations en 2028 ; aucune date d'adhésion n'est fixée.
Qui était Ștefan cel Mare ?
Ștefan cel Mare (Étienne le Grand) a régné sur la Moldavie de 1457 à 1504. Il a battu une armée ottomane près de Vaslui en 1475 et fait construire des dizaines d'églises et de monastères. Figure centrale de l'histoire telle que la racontent la Moldavie et la Roumanie, il a été canonisé en 1992.
Sources
- Britannica, Moldova: History
- Wikipedia, History of Moldova
- Europa Liberă, 70 de ani de la al doilea val de deportări staliniste din Basarabia
- Wikipedia, History of the Jews in Chișinău
- Veridica, 30 years since the war in Transnistria
- Wikipedia, Moldovan language
- Moldpres, CEC approved final results of 28 September parliamentary elections
- Radio Moldova, EU accession: cluster 6 opened (juli 2026)
- European Western Balkans, Ukraine and Moldova open cluster 6